Suivez Didier Dubois dans son combat contre la COVID-19

Excelya>Suivez Didier Dubois dans son combat contre la COVID-19

Au Moyen-Âge, un seigneur se promenait sur les terres de son domaine et alla voir un chantier de construction comment le travail avançait. Il y trouva deux tailleurs de pierre en plein ouvrage. Il s’approcha du premier et lui demanda ce qu’il était en train de faire. « Je taille un bloc de pierre ! » lui répondit-il. Le seigneur interrogea le second ouvrier qui répondit : « Je construis une cathédrale ! »

Les fonctions spécialisées que nous menons dans les études cliniques ne doivent pas nous faire oublier le but ultime à tout cela : améliorer le mieux-être de l’humanité. Les graves crises nous rappellent à quel point notre rôle est essentiel.

Je vois passer des dizaines de protocole par mois pour traiter des maladies souvent très lourdes et par chance dont personne de mon entourage ne souffre.

Cancer ou maladie rare… Lorsqu’elle m’est inconnue, je fais des recherches et cela me permet de bien saisir les procédures et examens dont j’aurai besoin dans mon GrantPlan. J’écume Google Image pour me faire une idée des symptômes et parfois je ne peux manquer de lâcher un « pauvre gens !».  Et mon empathie d’être encore plus mise à l’épreuve lorsqu’il s’agit de maladie rare et pédiatrique !

Cependant, une fois le budget monté, la grille revue et corrigée par le CTOM, je ferme mon ordi et toute la compassion que j’ai pu ressentir est passée.

Pour le COVID, c’était différent ; et le sujet de mon travail me suivait en dehors de mon laptop.

Cela se poursuivait dans les actualités : les chaînes ont consacré un temps d’antenne historique (l’INA a passé à la loupe 8 000 heures de programmes sur les chaînes d’info continue). On ne pouvait y échapper. La maladie pour laquelle on m’avait soumis 3 études avait interrompu Demain Nous Appartient !

Cela se poursuivait dans mon foyer, puisque mes enfants n’avaient plus d’école. La maladie sur laquelle je montais des budgets d’études, avait fait fermer l’école de mes enfants.

Cela se poursuivait jusqu’à la vie de mon couple : mon épouse, infirmière et hygiéniste a eu un surplus d’activité, comme on peut s’en douter. La maladie pour laquelle Leticia Kouame, ma bînome, et moi avions des calls réguliers épuisait ma propre femme !

Nous avons vécu en apnée pendant un mois et demi et pensé COVID sans discontinuer. Toutes les tâches liées aux autres protocoles, comme le reste en France, étaient suspendues. Le matin, ça commençait par des confcalls avec notre cheffe pour faire le bilan de la veille, discuter des modifications à apporter aux GrantPlans et des news apportés par les autres pays dans la nuit. L’après-midi, conférences téléphoniques des projets. Entre, nous révisions nos budgets. Et le lendemain, le cycle recommençait.

Pour la première fois de ma vie, le sujet de mon travail était ce qui bouleversait nos vies à tous. Et vous vous sentez soudainement investit d’un grand rôle, ne serait-ce à l’échelle de votre fonction, le taillage de votre pierre ; vous participez à l’effort de guerre (si on reprend le champ lexical du Président Macron) ; vous n’êtes pas au front, mais votre activité permet de lutter contre cette crise et de construire une belle cathédrale. Mais quelle fierté !

J’essayai d’expliquer cela à mes enfants mais la description de mon poste leur échappait un peu et ils avaient du mal à se figurer mon implication. Evidement pour mon épouse, c’était plus concret !

J’avais oublié de mettre dans la To-Do-List de ma vie : « œuvrer pour une crise sanitaire mondial ». Check !